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le rugbix


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#1 Philippe Barrau

Philippe Barrau

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Posté 23 septembre 2011 - 11:30

Par Dalese le vendredi, septembre 23 2011, 10:33 - Ovale la balle - Lien permanent - 145 lectures
Mondial 2011- XV de France: Le Rugbix, cet incompris!




Ca y est, à quelques heures du clash tant attendu face aux All Blacks, il est là, à nouveau parmi nous : après quatre ans à végéter, le fan occasionnel de rugby est de retour. À l’instar de son grand frère, le footix, qui connut ses heures de gloire en 98, le rugbix est l’archétype d’un Français moyen, qui regarde le rugby sur TF1 tous les quatre ans, ne lit ni Midi Olympique, ni Prolongations et énerve les puristes par sa passion maladroite et volatile. Cible des attentions des médias et des publicitaires d’une part, des railleries des soi-disant « vrais » amateurs de rugby d’autre part, il ne demande pourtant qu’à vibrer devant les chisteras de David Marty. Comme nous tous, non ?




Un footix qui dérape

Il faut bien comprendre que le rugbix est d’abord et avant tout un footix qui ne s’assume pas. Qu’est-ce qu’un footix ? Un footix, c’est un fan de foot qui n’y connait pas grand chose mais est toujours-là pour en parler pendant deux mois tous les quatre ans. Pour reconnaître un footix, allez dans un bar de sport le soir de la finale de la ligue des champion, prenez un demi et tentez de regarder tranquillement votre match. Le footix se déplace en bande, est fan de Barcelone « depuis des années » et ne sait pas ce que c’est que le jeu à la nantaise, mais il a forcément un avis sur ce match au sommet et saura le partager avec vous même si c’est la dernière chose que vous souhaitez. Seulement voilà, le footix n’est pas un passionné, il n’aime pas les derbys du ventre mou de la ligue 1 rediffusés le lundi soir. Son attention se porte donc quelquefois sur le rugby, lorsque la France gagne le tournoi des VI Nations, ou lorsque l’Équipe lui rappelle que, cette année, c’est la Coupe du monde de rugby. Si les conclusions des historiens divergent, il semble très vraisemblable que le rugbix soit né en 2007, lors de la Coupe du monde de rugby en France. Fini la ligue des champions, Messi et ces « beaufs fans de foot », le rugbix sortait de sa chrysalide pour mieux se faire le porte voix du rugby, de ses « valeurs », de sa virilité exubérante, du « french flair » et des imbattables All Blacks....

Made in France

Il ne fait à peu près aucun doute que le rugbix est une pure création française, un fleuron national à ranger non loin de Christian Audigier, Marc Lévy et Steevy Boulay. En effet, la plupart des vrais pays de rugby ne connaissent pas ce phénomène. Au Pays de Galles, en Irlande, en Écosse, point de rugbix, en Afrique du Sud, itou. En Australie, tout le monde se fiche du rugby à XV, surtout lorsque les Wallabies perdent lamentablement, et préfère le rugby à XIII de la NRL. Les rugbix sont relativement peu nombreux enfin en Angleterre et en Argentine, où les clivages sociaux séparent bien les fans de rugby du reste de la population, qui préfère se taper une bière devant un bon vieux Arsenal – Blackburn ou rigoler en pensant au prix auquel le PSG a acheté Javier Pastore. Quant à la Nouvelle-Zélande, on n’y conçoit pas l’existence du rugbix sous sa forme traditionnelle (modèle Christian Jean-Pierre), dans la mesure ou le niveau d’expertise tactique et technique moyen d’un enfant de 8 ans y est largement supérieur à celui du commentateur de base de France 2.

Le rugbix est donc une invention française, que l’on désigne parfois par son homophone « rugbyx ». Selon les spécialistes les plus réputés, le rugbix est donc un individu âgé en moyenne de 16 (l’âge bête) à 55 ans (la sénilité), fan de foot sur le retour, fan de télé et fan de Jo Wilfried Tsonga quand il gagne. Il semblerait qu’il soit le plus souvent un Parisien. En effet, le rugbix est non-seulement un ancien fan de foot mais également un fan potentiel du Stade français, comme l’avait noté l’excellente revue du Grand Paris Megalopolis dans un article plein de lucidité.

La chabalmania, grand oeuvre des rugbix

Le pouvoir d’influence du rugbix est grand, ni par sa connaissance du rugby, ni par sa passion à toute épreuve bien sûr, mais par le seul fait de son appartenance à un vaste groupe humain d’individus similaires : les consommateurs. En 2007, la communauté des rugbix a décidé de concrétiser son influence en transformant un équarisseur provincial en boucher international : Sébastien Chabal était né. Excellent joueur de rugby au demeurant, le barbu allait dépasser les frontières de son sport en développant l’image que la France attendait de lui, sans parvenir à maintenir son niveau de popularité parmi les fidèles du rugby à un niveau équivalent à sa côte auprès du grand public. Les rugbix avaient créé un monstre. Le voilà qui se lachait sur les arbitres, qui relâchait les ballons au contact et abolissait le « french flair ».... Le troisième ligne centre du Racing Metro 92, club dirigé par le rugbix businessman Jacky Lorenzetti, tombait en disgrâce inexorablement malgré un niveau de jeu tout à fait honorable dans son genre. Par la faute des rugbix, le mal était fait, Marc Lièvremont laissait son colosse sur la touche, et le rugbix se rangeait au nouveau sens du vent sans aucune compassion pour son ancienne idole : « De toute façon, Chabal c’était que du marketing, il sait pas jouer. Par contre, tu connais Lakafia ? C’est un monstre ! »


Quand le décalage horaire est l’ennemi du rugbix

À ce moment-là, face aux dégâts causés par les rugbyphiles à temps très partiel, on a pu s’inquiéter du phénomène et espérer des mesures radicales. Pour limiter l’intérêt des footix pour le rugby, les instances nationales et internationales ont, malgré elles, trouvé deux solutions enthousiasmantes :

1) Perdre le tournoi des VI Nations sans panache et s’incliner devant l’Italie

2) Proposer une finale de top 14 de niveau extrêmement bas, sans intentions de jeu et sans suspens non plus, pour ne pas convaincre Canal + de mettre plus en avant le rugby la saison suivante.

En dépit de ces facteurs dissuasifs et de la sélection de David Marty en équipe de France à la place du décapiteur Florian Fritz ou du consultant de Prolongations Henry Chavancy, de nombreux rugbix ont pu tenter de suivre malgré tout la Coupe du monde de rugby 2011. Heureusement, un autre filtre anti-rugbix a été installé, de façon à tester la motivation des candidats : le décalage horaire. L’organisation du Mondial aux antipodes a eu pour conséquence de diffuser les matchs lorsque les rugbix européens dorment paisiblement ou sont au boulot dans leur open-space où l’Équipe.fr est bloqué. Les horaires semblent particulièrement bien conçus pour empêcher les rugbix de déranger les « puristes » lors des matchs importants, tels que Roumanie-Géorgie ou Fidji-Samoa, mais on devrait néanmoins constater une résurgence progressive du phénomène rugbix lorsque la France s’attaquera demain aux All Blacks, de préférence sans conviction pour ne pas prendre le risque de finir au sommet de sa poule et de rencontrer les nations du sud avant la finale. Si la France progresse en demi-finale, puis en finale, il faudra faire prendre des mesures, telles que regarder les matchs sans le son ou à la télévision australienne en streaming, mais surtout éviter ses amis qui n’y connaissent rien et, par dessus tout, tous les pubs irlandais remplis de rugbix.


Le rugbix n’est pas méchant

On aura pourtant tort de vouer le rugbix aux gémonies sans lui laisser sa chance. Après tout, peut-être est-il un vrai fan de rugby qui s’éveille, qui découvre la passion qui le poussera dans quelques années à se lever à 6h le samedi matin pour regarder un match du championnat domestique néo-zélandais. Peut-être souhaite-t-il vivre le rugby par le biais de la passion de l’évènement pour le moment, pour plus tard apprécier à leur juste valeur le jeu de main, les plaquages sans ballon et les mêlées tournées. Pourquoi ne pas devenir joueur de rugby amateur, en mettant à profit son goût pour le sport ? C’est un chemin qu’ont emprunté de nombreux footeux comme Christophe Dominici ou Marc Andreu, inspirés par la fameuse phrase de Bernard Laporte « Donnez moi un footballeur, j’en ferai un rugbyman ». Bernie le dingue avait dû voir plus souvent André-Pierre Gignac à la réception d’après match que sur le terrain... Il faut dire que le problème du rugbix est d’abord le manque de communication. Il adore le rugby, comme Fabien Barthez, l’équipe de France de foot ou les animateurs de TF1, mais peine à en comprendre les subtilités, et à mettre des mots sur son désarroi, comme Frank Ribéry.

Que faire alors ? Ostraciser le rugbix ne semble pas une solution, mais l’accepter comme il est semble difficilement envisageable. Soyons paix, soyons amour : tolérons donc ces gens étranges et pusillanimes qui se privent pour le moment du plaisir d’un Agen-Brive, un soir à Armandie, avec Francis Cabrel comme VIP. Peut-être certains d’entre eux renonceront-ils un jour aux passes de Lionel Messi pour une charge de Pascal Papé...

Par Félix
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